Aimable coeur
[ Personnages
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Acte I, scène I
Dans la cour du palais
(Entrent Cassandre et Hyppolithe)
Hyppolithe - Comme il est bon, ma mie, de voir à nouveau votre tendre sourire s'accrocher à vos lèvres et votre doux regard miroiter la joie de vivre. On dirait que la nature toute entière renaît à travers vous, afin de rendre hommage à votre beauté.
Cassandre - C'est que nous sommes au printemps et que la nature renaît de ses cendres blanches qui recouvrent la plaine en hiver, qui de son doux manteau blanc réchauffe la terre de ses tendres caresses.
Hyppolithe - Comme ces paroles sont douces à entendre, on dirait des notes de musiques qu'usent vos lèvres pour nous jouer une sérénade. Une fois encore vous avez raison, car même si vous n'aviez plus la force de sourire, vous puisiez dans vos réserves afin de m'envelopper de vos caresses.
Cassandre - Comment ne pas trouver la force de se blottir dans les bras d'un mari si attentionné que vous!
Hyppolithe - Tout homme serait aussi attentionné que je puis l'être s'il avait la chance d'épouser un ange tel que vous. J'ai en ma possession le plus beau de tous les trésors, il serait impossible à quiconque d'en évaluer la valeur.
Cassandre - Dites moi mon mari, quel est donc ce trésor qui ait une valeur telle qu'on ne puisse en mesurer les richesses.
Hyppolithe - L'amour!
Cassandre - L'amour?
Hyppolithe - L'amour! Rien n'est plus merveilleux que d'être aimé par celle qu'on aime. Tout l'or de la terre n'achèterait pas un seul de vos sourires, tous les bijoux du monde ne vaudraient en rien l'une de vos caresses et tous les plaisirs du ciel seraient tristes à côté d'un seul de vos baisers. Jamais je n'ai vu de coeur si aimant que le vôtre. Prenons ce pauvre Octavio, mon cousin, qui tomba lui aussi follement amoureux de vous. Au lieu de le repousser avec violence comme l'aurait fait les autres femmes, vous vous êtes rendue malade simplement à le voir souffrir de ne pouvoir vous serrer en ses bras.
Cassandre - Vous savez bien qu'il a toujours été bon pour moi et à quel point il m'est précieux. De plus, j'étais aussi coupable que lui, puisque je n'ai rien fait pour repousser ses avances. Vous savez, j'avais trop peur de le blesser et de perdre à jamais celui que je considère plus qu'un frère.
Hyppolithe - Je sais que vous l'avez toujours aimé, tout autant que moi, sinon plus.
Cassandre - Ne dites pas cela mon prince! Vous savez très bien que cela est faux. Je vous aime tous les deux mais différemment.
Hyppolithe - Soit! Je vous crois. Surtout n'ayez crainte, car je sais que vous n'avez rien à vous reprocher. En aucun cas vous n'avez encouragé ce cher Octavio à vous courtiser.
Cassandre - (Pour elle-même) Hélas! Si seulement cela était vrai!
Hyppolithe - Vous dites?
Cassandre - Rien mon prince. Poursuivez!
Hyppolithe - (Poursuivant) Hier encore il me disait de vous remercier de l'avoir si noblement écarté du chemin de votre coeur.
Cassandre - Notre cher Octavio est donc enfin de retour.
Hyppolithe - Et plus en santé que jamais.
Cassandre - Vous m'en voyez fort heureuse.
Hyppolithe - Seul un ange peut avoir un coeur doré comme le vôtre et un regard plus brillant que la plus belle de toutes les pierres précieuses.
Cassandre - Seul un prince tel que vous peut faire de si beaux compliments à une dame telle que moi.
Hyppolithe - J'eusse été le plus sot de tous les paysans que j'aurais trouvé les mots les plus doux pour rendre hommage à une dame qui réunit à elle seule tant de charmes.
Cassandre - Allons soyez sérieux, vous savez aussi bien que moi qu'un paysan ne pourrait s'exprimer en ces termes et ce, quand bien même il aurait un coeur aussi grand que le vôtre.
Hyppolithe - J'eusse été ce paysan que ces mots, même ne les connaissant pas, auraient, telle la mer sur le roc, glissé de ma bouche à votre oreille tout comme la vague caresse le rocher. Il n'y a point de mots qui puissent à la fois décrire tant de grâces et de générosités réunies en une seule épouse. Les gens du peuple eux-mêmes, disent que vous êtes l'amour incarné, venue sur terre pour réconcilier tous les hommes et ramener la paix sur tous les royaumes de la terre.
Cassandre - Est-ce vraiment cela que l'on dit à mon sujet?
Hyppolithe - Je l'ai entendu de ma propre oreille, le peuple voit en vous celle qui va enfin nous libérer de toutes ces guerres qui n'en finissent plus.
Gustave - (Appelant en coulisse) Prince Hyppolithe! Prince Hyppolithe!
Hyppolithe - Comment cela se peut-il? J'avais pourtant ordonné à Gustave de ne pas nous déranger.
Cassandre - Cela doit être urgent! Sinon il ne serait pas venu vous chercher. C'est un serviteur loyal.
Hyppolithe - Vous devez avoir raison. (Appelant) Gustave! Par ici!
Gustave - (Entrant) Ha! Vous voilà enfin mon prince, je vous cherchais partout.
Hyppolithe - Qui y a-t-il de si urgent pour que tu viennes nous déranger maintenant?
Gustave - Pardonnez-moi oh! mon prince! mais un messager demande à vous voir de toute urgence, il revient de la guerre et a reçu ordre de vous remettre une missive en main propre.
Hyppolithe - Bien! Dis-lui que j'arrive à l'instant.
Gustave - Bien mon prince. (Il sort).
Hyppolithe - Prenez bien soin de notre nourrisson en mon absence.
Cassandre - N'ayez crainte mon mari, il sera entre bonnes mains.
Hyppolithe - Je sais. (Il lui baise la main). Je reviens à l'instant. (Il sort)
Cassandre - Je me demande comment va ce pauvre Octavio, je ne l'ai point revu depuis mon mariage avec Hyppolithe. On ne le voit plus à la cour, lui qui y paraît si bien et avec une telle prestance. Toutes les dames du royaume m'envient d'avoir gagné son coeur. Pourquoi a-t-il fallu qu'il soit le neveu du roi au lieu d'être son fils! Ainsi, on aurait pu unir nos deux royaumes et régner dans cette belle harmonie qu'est l'amour. Quel destin cruel que d'être née princesse et d'être la seule fille d'un père qui n'a jamais pu se remettre de la mort de celle qui usa de son dernier souffle pour me donner la vie. Oh cher amour! En vos bras j'aurais été belle entre les belles et jamais nos coeurs ne se seraient déchirés ainsi. Vous n'avez jamais été aussi beau que le jour où vous me fites vos adieux en me promettant de m'être fidèle jusqu'à la mort. J'aurais voulu vous serrer sur mon âme et vous donner tout l'amour que je ne pouvais vous offrir en ce seul instant où mon coeur ne battait que pour vous. Mais, au lieu de cela, il a fallu que mon coeur s'afflige au point où j'ai dû remettre ma lune de miel. Il y a déjà quatre longs mois qui ont passé sur votre absence et pourtant je revois encore votre regard, ô tendre amour, se poser sur moi comme l'abeille sur le pollen. Quel malheur de vous savoir si triste et d'être la cause tous vos maux. Ce regard d'amour est pour vous, puisse le ciel vous en faire boire toutes les perles qui s'échappent de mes yeux. (Elle regarde amoureusement au loin).
Octavio - (Entrant et à lui-même). Oh ma douce et tendre Cassandre! Comme il m'est difficile de vous savoir si près de moi et de ne pouvoir vous aimer. J'aurais consacré ma vie à vous rendre heureuse si vous aviez consenti à m'épouser. (Apercevant Cassandre). Quelle est cette vision angélique qui au loin m'apparaît? Comme elle a l'air heureuse. Ce qu'elle est belle, sans doute rêve-t-elle à ce cher cousin Hyppolithe et à leur enfant à naître. Comme il est dur d'apprendre une si bonne nouvelle par la bouche d'un inconnu et comme il serait doux de vous entendre me dire à l'oreille qu'en votre sein vous portez mon enfant. Ah comme elle est belle et comme le bonheur resplendit dans son visage, sans doute est-ce dû au fait qu'elle porte son enfant. Quel ange! Laissons-la à ses amours, il vaut mieux faire demi-tour. Je préfère la savoir bien portante et ne plus la revoir que d'affliger une fois de plus un si tendre coeur. (Il fait mine de s'en retourner).
Cassandre - Que les cieux apportent ce regard d'amour sur votre coeur tourmenté. (Apercevant Octavio). Octavio! Mon bon ami! Vous revoilà enfin!
Octavio - Je m'en retournais à l'instant car j'ai... j'ai oublié quelque chose.
Cassandre - Qu'avez-vous donc oublié pour vous sauver sans me saluer?
Octavio - (Hésitant) Hé bien! ... Mon chapeau (Prenant de l'assurance) C'est cela! J'ai oublié mon chapeau.
Cassandre - Votre chapeau?
Octavio - Oui mon chapeau! Je ne peux vous saluer si je n'ai pas mon chapeau.
Cassandre - Ce que vous pouvez être distrait mon ami.
Octavio - En effet! C'est pourquoi je m'empresse de m'en retourner.
Cassandre - Mais il est sur votre tête.
Octavio - Ah mais oui! Je vous remercie de votre aide ma tendre amie. Je me demande où j'avais la tête.
Cassandre - Sans doute sous votre chapeau.
Octavio - C'est sûrement cela. (Saluant) Je dépose mes hommages à vos pieds. Maintenant que je vous ai salué, je dois continuer mon chemin.
Cassandre - Vous aurez sûrement le temps de me tenir compagnie, en attendant que votre cousin mon mari revienne à mes côtés.
Octavio - Je regrette, mais je ne peux pas.
Cassandre - (À elle même) Pauvre Octavio! Il semble si triste. (À Octavio) Allons mon ami vous voyez bien que je m'ennuie là toute seule, j'apprécierais grandement votre présence.
Octavio - Dans ce cas j'accepte, mais jusqu'au retour de mon cousin. Après, vous me laisserez poursuivre mon chemin. (À lui-même) Pauvre enfant! Elle paraît être si en peine de ma présence qu'elle n'ose prendre congé de ma personne.
Cassandre - Promis! Mais seulement après avoir salué votre cousin mon mari.
Octavio - Bien sûr! Comment pourrais-je ne pas saluer celui qui m'est plus qu'un frère. (Il s'assoie près d'elle et lui prend la main). Si vous saviez comme cela me fait plaisir de revoir votre tendre sourire s'accrocher à vos lèvres, tel un croissant de lune dans le firmament étoilé. J'avais si peur d'avoir éteint la flamme lumineuse qui illumine votre regard.
Cassandre - Comme cela est drôle! Votre cousin, mon mari, me tenait exactement les mêmes propos avant que vous n'arriviez.
Octavio - Alors dites-moi vite à quel endroit je dois reprendre la conversation, afin que les paroles que je prononcerai ne soient point vaines.
Cassandre - Vos paroles ne sauraient être vaines, puisque mon ouïe se plaît à les entendre. De plus, dans tout le royaume, il n'existe aucun courtisan qui s'exprime aussi bien que vous et mon mari. Comme j'aurais aimé pouvoir vous combler tous les deux.
Octavio - Quand bien même vous nous aimeriez tous les deux, nous ne pourrions vous combler de toutes les grâces dont vous méritez la louange, puisqu'il n'y a point d'homme qui puisse être assez gentilhomme pour mériter un ange aussi radieux que vous.
Cassandre - Je vous assure que je suis comblée avec mon Hyppolithe, il est si prévenant et si tendre à mon égard. Vous dites cela parce que votre coeur est toujours solitaire, mais je suis persuadée qu'un jour vous aussi vous rencontrerez cette perle rare qui sera votre dévouée servante. Il serait inconcevable qu'un si parfait gentilhomme ne trouve chaussure à son pied.
Octavio - Non! Ne dites pas cela, vous savez bien que je ne vous ferai jamais l'affront d'aimer une femme qui, ne serait-ce qu'en un point, vous serait différente. Croyez-moi, il n'y a point de but qui soit plus noble que de consacrer sa vie à vous aimer, ma douce et tendre amie. Les joies dont je veux me rappeler sont celles de nos jeux d'enfance, quand je vous délivrais de mon cousin. Vous veniez m'enlacer, puis vous retourniez vers lui pour le consoler, tellement il était misérable dans la défaite.
Cassandre - Comment pourrais-je oublier notre tendre enfance! Mon ami, faites moi la promesse que si un jour vous rencontrez une dame qui vous fasse m'oublier, vous l'épouserez et l'aimerez de tout votre coeur.
Octavio - Je puis bien promettre, puisqu'une telle femme n'existe pas.
Cassandre - Non! Promettez mieux que cela! Il paraît que sur terre chacun de nous possède son sosie. Promettez-le moi, je vous en prie!
Octavio - Alors je promets devant Dieu et devant les hommes que si une telle femme existe, je l'aimerai de tout mon coeur et de toute mon âme. Cependant, je veux que vous sachiez que je ne cesserai jamais de vous aimer.
Gustave - (Entrant). Mon dieu! Quelle triste nouvelle!
Octavio - Que se passe-t-il mon cher Gustave? Vous semblez bien abattu.
Gustave - C'est un triste jour pour tout le royaume.
Cassandre - Ne nous faites plus languir, dites-nous vite ce qui se passe!
Octavio - Allons! Parlez!
Gustave - Le roi mon maître est mort!
Octavio - Oh mon Dieu! Mon oncle!
Cassandre - (S'évanouissant). Mon pauvre Hyppolithe!
Octavio - Vite Gustave, aidez moi à la transporter, il faut qu'elle se repose!
Cassandre - (S'éveillant). Mon enfant, mon pauvre enfant ne t'agite pas ainsi!
Octavio - Tout va bien ma tendre amie, votre enfant sera bien portant.
Gustave - Notre roi est mort en héros!
Octavio - De grâce Gustave, épargnez-nous ces détails, vous ne voyez donc pas que cette pauvre enfant est trop faible pour entendre un tel récit! (Ils sortent).
Acte I Scène II
(Dans la cour du palais)
(Entrent Octavio et Gustave)
Octavio - Pauvre Cassandre! Elle s'est endormie dans un tel tourment. Et mon pauvre cousin Hyppolithe qui n'est pas encore prêt à gouverner en bon roi.
Gustave - C'est alors que le roi, votre oncle, ordonna à ses hommes de charger l'ennemi et en brave qu'il est, il fonça avec eux pour leur donner du courage. Le combat faisait rage depuis déjà un long moment quand le roi entendit une plainte qui provenait de derrière un arbre. Alors n'écoutant que son courage il abandonna le combat pour se diriger vers l'arbre. Et d'un bond! Son cheval sauta par dessus le bosquet qui se trouvait près de l'arbre. Hélas! Notre pauvre roi ne vît pas la branche qui pendait d'un autre arbre. Et vlan! Il reçut la branche en plein visage et fût désarçonné. Heureusement, il tomba tout près de ce cher Camembert qui s'était pris dans un piège à ours.
Octavio - Notre roi mort! Pour une bouchée de fromage et cette pauvre Cassandre qui souffre à la fois la perte de son roi et la peine de son époux, notre nouveau roi.
Gustave - Alors notre brave roi délivra Camembert qui, de sa langue bien pendue, ne tarissait que d'éloge envers son roi. Alors, le roi, fou de rage à la vue d'un de ses plus fidèles compagnons ainsi piégé, remonta sur son cheval et se lança à l'assaut de l'ennemi et en tua un, puis deux, puis d'une seule flèche il tua cinq des meilleurs chevaliers du roi Hospodar, notre ennemi. En effet, sa flèche atteignit un archer à la gorge qui, en tombant échappa sa flèche qui transperça le coeur d'un de ses cavaliers. Ce dernier, surpris par cette attaque se retourna pour voir qui
l'attaquait et, de son épée il égorgea un autre chevalier qui tomba de cheval devant deux de ses camarades qui furent éjectés de leurs montures. L'un fut piétiné par son cheval et l'autre fût traîné sur plusieurs lieues, son pied s'étant coincé dans son étrier.
Pas la peine de vous dire qu'il n'était pas très beau à voir après cette course folle. Alors, le roi, n'écoutant que son courage et profitant de l'accalmie se précipita pour récupérer son fidèle et loyal compagnon Camembert.
Octavio - Notre cher roi, mort à cause de cet idiot de Camembert. Lui seul pouvait être assez idiot pour se prendre dans un piège à ours et infliger tant de souffrances à cette chère Cassandre.
Gustave - C'est alors que le roi se pencha et récupéra bravement notre cher Camembert. Il le mit sur sa selle et l'y attacha afin d'éviter qu'il ne se casse un autre membre. Alors deux adversaires, profitant de ce moment de faiblesse s'attaquèrent au roi. Ils se lancèrent à sa poursuite. Le roi, s'apercevant de cela, fît volte-face et se lança à l'assaut. Il contra habilement l'attaque de ses adversaires, c'est alors que Camembert, voulant aider son maître, mordit accidentellement le cheval du roi en essayant d'en faire autant avec celui de son adversaire. Alors, le cheval fou de rage fît une ruade qui désarçonna à nouveau notre bon roi. Heureusement, dans sa chute, il contra, avec son coeur, une flèche qui était destiné à ce cher et brave toutou: Philibert.
Octavio - Tué en sauvant la vie d'un cabot et d'un bâtard, quelle triste fin.
Gustave - Ah non! Monseigneur! Permettez-moi de vous rappeler que Philibert et Camembert ont du sang bleu qui coule dans leurs veines.
Octavio - Je sais, mais tout de même, donner sa vie pour des rongeurs d'os.
Gustave - Permettez-moi, monseigneur, de vous rappeler que ces rongeurs d'os, comme vous dites, sont les meilleurs chasseurs du royaume.
Octavio - Soit! Je te l'accorde! Mais j'aurais préféré voir mourir ces deux misérables chiens plutôt que de perdre notre roi.
Gustave - Les pauvres petites bêtes! Mais êtes-vous donc un sans coeur! Vous voudriez que le royaume perde deux purs sangs à son chenil. Quelle honte! Heureusement que le cheval du roi avait bon coeur et qu'il ramena ce cher Camembert au palais.
Octavio - N'empêche que si ces chiens cessaient de se coincer les pattes dans les pièges du roi Hospodar, il y aurait bien longtemps que cette guerre serait finie et même elle n'aurait jamais eu lieu si cet imbécile de Philibert ne se serait pas cassé une patte dans un de ces stupides pièges à ours.
Gustave - Soit monseigneur! Si cela est tout le respect que vous ayez envers les animaux alors que vous ne soyez jamais roi. Sur ce, je vais disposer. Je m'en vais rejoindre ce brave Camembert à l'infirmerie.
Octavio - Mais fais donc, va soigner ces chères bébêtes!
(Gustave sort d'un côté)
Non mais, tout de même! Moi? Un sans coeur! Alors que cette pauvre Cassandre n'en finit plus de souffrir. Vivement que cette stupide guerre cesse. (Il sort de l'autre côté)
Acte I, scène III
(Dans les quartiers de la reine)
(Entrent Cassandre et la soubrette)
Firmine - Mon Dieu! Quel malheur! Notre roi est mort.
Cassandre - Hélas! Quel malheur que notre brave roi soit mort avant même d'avoir vu ses petits-enfants. Tout ce qu'ils sauront de lui, sera qu'il mourut à la guerre en héros.
Firmine - Cette guerre qui n'en finit plus, si cela continue, nous n'aurons plus d'homme à nous mettre sous la main. Ils seront tous morts au combat.
Cassandre - Allons ne me parle pas de frivolités, tu sais très bien que ce n'est pas le moment. Il y a des problèmes plus importants à régler.
Firmine - On voit bien que ce n'est pas votre amant qui est parti au combat, sinon, vous ne diriez pas que ce ne sont que des frivolités.
Cassandre - Allons ma chère, je suis mariée, si mon Hyppolithe t'entendait, il serait dans tous ses états. Oser prétendre qu'il est amant, quel affront de ta part!
Firmine - Allons ma reine, vous savez aussi bien que moi que je ne parlais pas de votre mari, mais de ce cher Octavio...
Cassandre - Tais-toi malheureuse! Si l'on t'entendait! Ne sais-tu pas que les murs ont des oreilles! Il faut que personne ne sache que j'aime Octavio.
Firmine - Mais alors pourquoi ne pas l'avoir épousé?
Cassandre - Tu sais très bien que cela m'était impossible, j'étais promise à Hyppolithe depuis ma tendre enfance. Il nous fallait réunir nos deux royaumes. Je devais épouser le prince Hyppolithe et mon frère épousait sa soeur, la princesse Pétunia. Dieu sait à quel point j'aurais préféré que ce soit Octavio qui me soit désigné, je ne pouvais pas faire cet affront à ce cher Hyppolithe, il est si frêle et si fragile qu'il n'eut pu supporter un refus de ma part.
Firmine - Vous n'avez pas pensé à ce cher Octavio, vous lui avez brisé le coeur.
Cassandre - Octavio est fort et séduisant, en plus il sait parler aux dames. Il n'aura point de difficultés à se trouver un bon parti. Tandis que ce pauvre Hyppolithe, bien qu'il sache exprimer son amour, est si maladif qu'il attire la pitié plus que l'amour.
Firmine - Vous l'avez donc épousé par pitié!
Cassandre -Tu sais très bien qu'il est plus qu'un frère pour moi et que je l'aime d'un tendre amour.
Firmine - Mais tout de même, il y a une différence entre aimer son frère et dormir avec lui.
Cassandre - Hélas! Si seulement je pouvais être deux, je serais en mesure de les aimer tous les deux. Que j'ai souhaité que le ciel m'eut faite jumelle!
Firmine - En parlant de jumelles, le bruit court que sir Horatio et sir Mercutio vous aurait cru prisonnière de nos ennemis.
Cassandre - Comment cela se peut-il? Je n'ai jamais quitté le palais.
Firmine - À ce qu'il paraît, alors qu'ils étaient en captivité, ils auraient aperçu la fille du roi Hospodar, notre ennemi, et toujours selon leur dire elle serait votre sosie parfait.
Cassandre - Que dis-tu-là? Va vite me chercher ces deux chevaliers j'ai à leur parler. (Firmine sort. Cassandre prend un parchemin une plume et de l'encre et elle commence à écrire) "Chère princesse Esméralda, la présente est pour vous exprimer le souhait que j'ai de vous renconter en territoire neutre. Je sais que nos deux royaumes sont en guerre, cependant, le bruit court à l'effet que vous soyez mon sosie. C'est en paix que je vous envoie ces deux émissaires, je souhaite que vous leur remettiez votre réponse ainsi qu'une autorisation pour traverser vos frontières. Advenant le cas où vous daignez me faire l'honneur d'acquiescer à ma demande, veuillez joindre l'endroit et le jour de notre rencontre à votre missive.Sa majesté la reine Cassandre"
(Elle cachette la lettre et y appose le sceau royal)
Firmine - Entrant). Ceux que vous avez demandé sont arrivés, ma reine.
Cassandre - Bien, faites-les entrer.
(Entrent Mercutio et Horatio)
Firmine - Ma reine voici sir Mercutio et Horatio
Cassandre - Bonjour messieurs.
Mercutio - Nous déposons nos hommages à vos pieds.
Horatio - Nous sommes à votre service ma reine.
Cassandre - Je vous ai fait venir messieurs car, à ce qu'il paraît vous futes fait prisonniers par nos ennemis.
Horatio - En effet, mais heureusement nous avons pu nous échapper.
Cassandre - À ce qu'il paraît, vous auriez aperçu la fille du roi Hospodar.
Mercutio - Ah! Ça pour sûr! Nous l'avons vu comme nous vous voyons.
Horatio - Ah ça! Pour l'avoir vu nous l'avons vu. Même que nous l'avons prise pour vous. C'est fou ce qu'elle vous ressemble.
Cassandre - Elle me ressemble donc à ce point?
Mercutio - Elle vous ressemble comme deux gouttes d'eaux , ma reine. Nous étions persuadés qu'ils vous avait faite prisonnière. Quel malheur cela aurait été!
Horatio - Mais, heureusement vous êtes saine et sauve!
Cassandre - Messires! J'ai une mission de la plus haute importance à vous confier. Vous irez en paix dans le royaume ennemi porter cette missive à la princesse Esméralda.
Horatio - Mais, c'est de la folie! Nous n'arriverons jamais à passer la frontière.
Cassandre - Vous irez vous rendre aux gardes qui protègent la frontière et vous leur direz que vous apportez un message de paix. Vous vous laisserez désarmer et bander les yeux et vous leur demanderez de vous escorter jusqu'au palais. S'il oppose quelque résistance, vous leur direz qu'ils devront rendre des comptes à Octavio lui-même. Par la suite, vous remettrez cette missive en main propre à la princesse et vous attendrez la réponse. Puis-je compter sur vous, messires?
Mercutio - Vos désirs sont des ordres ma reine!
Cassandre - Rien de ce qui fut dit ici ne doit sortir de ces murs.
Horatio - Motus et bouche cousue!
Mercutio - Nous ne dirons rien.
Cassandre - Bien! Allez en paix mes amis! (Ils sortent)
Acte I, scène IV
(Dans les quartiers de la reine)
Cassandre - Voilà déjà trois jours qu'ils sont partis, ils ne devraient plus tarder à arriver.
Firmine - Que ma reine est impatiente, si je ne vous connaissais pas si bien je dirais que vous attendez votre amant. Mais non, il ne vous viendrait pas à l'idée d'être infidèle à ce cher Hyppolithe, il fait tellement pitié le pauvre.
Cassandre - Ne te moque pas! Tu sais très bien que j'aime et respecte Hyppolithe...
Firmine - ...comme un frère, comme un frère.
Cassandre - Ah suffit! Tu sais très bien que je fais tout cela pour ce cher Octavio..., je ne supporte pas de le voir si triste.
Firmine - Octavio par-ci, Octavio par-là. Disons plutôt que vous combinez quelques intrigues pour amener ce cher Octavio à votre lit et pour une nuit d'amour oublier vos obligations envers ce pauvre Hyppolithe et vous donner toute entière et sans retenue à son cousin adoré.
Cassandre - Tais-toi malheureuse! Tu sais très bien que je suis mariée.
Firmine - Qu'est-ce que le mariage a à voir avec l'amour?
J'en sais quelque chose. On se marie par intérêt. Ma mère est née d'une famille pauvre. Elle est tombée amoureuse d'un simple cerf sans le sou. Mais, son père l'a vendue à un riche marchand pour 3 écus d'or. C'était un homme méchant et avare qui passait son temps à l'injurier et à la battre. Elle était réduite à l'esclavage, tandis que son amant se mourait de chagrin. Un jour que son mari était parti en voyage, il vint la trouver...
Cassandre - ...et pendant trois longues semaines ils s'aimèrent tendrement, roucoulèrent, batifolèrent et procréèrent une charmante enfant qui, quelque temps après allait être libérée de son destin tragique.
Firmine - En effet, quand son ogre de mari revint à la maison, il lui trouva l'air épanoui pour une femme à qui il avait donné assez d'argent pour qu'elle puisse se nourrir convenablement pendant trois semaines, alors qu'il était parti pour un mois. Il crut que l'enfant qu'elle attendait pouvait la réjouir au point d'oublier sa misère. Il douta d'elle quand l'enfant n'acquit bien portante deux semaines après terme. Ayant ensuite simulé un voyage d'un mois il revînt le soir même espérant prendre sa femme en défaut, il l'a surprise qui venait de finir de plier bagages dans les bras de l'amant . Il sortit son poignard qui s'arrêta dans le coeur de l'être aimé. Saisie d'horreur ma pauvre mère m'agrippa au passage et profita du fait que son amant mourut par-dessus son enragé de mari. Elle sortit de la maison et courut.
Cassandre - Le mari se releva et poursuivit la malheureuse qui, au moment où ce dernier allait la rattraper, vit son destin s'illuminer grâce au cortège royal qui passait par là.
Les deux- Alors dans un dernier élan de survie elle s'écria de toutes ses forces implorant l'aide des souverains. La petite princesse votre mère, à peine âgée de huit ans, fut saisie de pitié et dans un souffle de générosité demanda au roi votre grand-père d'intervenir. Ce qu'il fît avec prestance. Il mit aux arrêts le marchand qui plaida sa cause, puis ma tendre mère protesta les mauvais traitements qu'il lui faisait subir et la mort de son bien aimé. Alors, pour tout cela le roi ordonna qu'on le mette à mort pour le meurtre du cerf, mon père. C'est ainsi que ma douce et tendre mère allait devenir la femme de chambre de la princesse en remplacement de la vieille qui n'en avait pas pour longtemps à vivre et qui n'avait pas de fille pour la remplacer. À votre douloureuse naissance, il fut convenu que ce serait à moi de m'occuper de vous. (Cassandre au public) À mon grand désarroi. (Les deux) Alors que vous n'aviez que sept ans il fût convenu que vous épouseriez le prince Hyppolithe et que pour vous protéger des rapts et mieux connaître votre époux vous iriez habiter en son château. Bien sûr, je vous accompagnai et c'est ainsi que vous avez grandi avec la crème des courtisans de tous les royaumes. Ah ! Que de merveilles!
Cassandre - Je sais déjà tout cela, il ne se passe pas une journée sans que tu me racontes ton épopée, mais ça ne fera pas arriver nos gentil'hommes plus rapidement.
Firmine - Ah ! Que d'empressement. Allons, ils ne risquent rien après tout. Le simple fait de prononcer le nom de ce cher Octavio suffirait à faire trembler tous les royaumes à commencer par le coeur des dames.
Cassandre - Il est peut-être un bon guerrier mais nos ennemis ne savent pas que je l'aime.
Firmine - Ah! qui sait? Qui sait ? Après tout on se marie par intérêt et on s'aime dans les buissons.
Cassandre - Ah! suffit avec tes âneries.
Firmine - Des âneries? Les jeux d'amours ma reine, c'est sérieux!
Cassandre - Avec toi il n'y a que ça qui compte!
Firmine - Mais à quoi d'autre accorder de l'importance?
Cassandre - Mais, à ces pauvres messagers qui courent peut-être un danger chez le roi Hospodar notre ennemi. (On frappe à la porte).
Firmine - Qu'ouis-je? Qu'entends-je? Qu'accoustiquès-je? Est-ce le bruit de jointures sur du bois ou un pic bois qui fait son nid d'amour?
Cassandre - (Énervée) Mais ne reste pas là à faire l'âne, va ouvrir! (Firmine sort) Mon Dieu, faites que ce soit eux!
Firmine -(Entrant) Les messagers de madame sont arrivés.
Cassandre - Mais fais-les entrer. (Firmine sort) Il me tarde de connaître la réponse. (Firmine revient avec les chevaliers) Alors messires, dites-moi, tout s'est bien passé.
Mercutio - À merveille ma reine! À merveille!
Horatio - Ho pour ça oui! Dès que nous avons prononcé le nom d'Octavio les gardes sont devenus plus blancs qu'un spectre.
Cassandre - Vraiment! Contez-moi tout!
Mercutio - Hé bien! Arrivé à la frontière...
Horatio - ...pendant que j'agitais un blanc mouchoir...
Mercutio - ...les gardes nous mirent aux arrêts.
Horatio - Puis, quand je leur présentai la lettre marquée de votre sceau, ils se mirent à rire, pensant à une intrigue de notre part.
Mercutio - C'est alors que je leur dis à qui était destinée la missive.
Horatio - Ils projetèrent de l'ouvrir.
Cassandre - Ho! mon Dieu!
Mercutio - Heureusement, je leur dis qu'Octavio lui-même viendrait battre le fer avec quiconque déshonorerait la mission que notre reine nous a confiée.
Horatio - Alors dans un élan de chair de poule, ils tremblèrent et blêmirent à vue d'oeil jusqu'au point de devenir à demi- transparents.
Cassandre - Tous craignent la colère de mon cher cousin Octavio.
Firmine -( Bas à l'oreille de Cassandre) Votre amant. (Cassandre, offusquée, lui fait signe de se taire)
Mercutio - Surtout depuis qu'il a mis en déroute les barbares de l'Ouest avec l'armée de notre défunt roi.
Horatio - Tous furent massacrés!
Mercutio - Depuis ce jour, le simple fait de prononcer son nom fait trembler quiconque oserait se dresser devant lui.
Firmine -(Bas à l'oreille de Cassandre) On dit même qu'il fait trembler les murs du palais, surtout ceux des dames.
Cassandre -(Bas et fâchée) Tais-toi insolente! (Haut) Et la princesse Esméralda? Comment est-elle?
Mercutio - À votre image et à votre ressemblance.
Cassandre - Est-elle aimable?
Horatio - Un ange n'aurait point de difficulté à paraître rustre à ses côtés.
Cassandre - Et la lettre?
Mercutio -Nous fumes accueillis comme des princes après qu'elle en eût fait la lecture.
Horatio - Nos estomacs furent remplis et notre repos assuré.
Mercutio - Voici la réponse qu'elle s'empressa de vous adresser.
Cassandre - Je vous serai éternellement reconnaissante de ce service.
Mercutio - Nous sommes vos dévoués serviteurs.
Cassandre - Vous pouvez disposer.
Horatio - Bien ma reine! Ce fut un plaisir de vous servir ma reine. (Ils sortent)
Cassandre - O chère missive comme il me tarde de te lire. (Elle baise la lettre).
Firmine - Et de préparer quelques intrigues?
Cassandre - (Exaspérée) Chuutt! Tais-toi! As-tu envie d'ameuter tout le palais avec tes sous-entendus insidieux? Tu ne sais pas encore que les murs ont des oreilles. Laisse-moi seule! J'ai à faire!
Firmine - Certes, il faut du calme pour comploter.
Cassandre - Mais vas-tu cesser à la fin! Je fais tout cela pour mettre un terme à cette guerre stupide. Le bruit court à l'effet que ce cher Octavio s'apprête à prendre la tête des armées de son cousin Hyppolithe, mon mari.
Firmine - Quel drame ce serait si ce cher Octavio venait à mourir à la guerre.
Cassandre - Suffit! Maintenant sort! (Firmine sort) Ah quelle peste quand elle s'y met celle-là! (Elle prend la lettre) O ma chère lettre, comme il me tarde de connaître tes pensées. (Elle l'ouvre et lit). Chère princesse Cassandre, c'est avec un immense regret que j'ai appris la mort de votre roi, le père de votre époux, sachez que je souffre avec vous de ce malheur qui vous afflige et qui touche tout votre royaume. (Commentant) Assez de formule de politesse! Passons aux choses sérieuses! (Lisant) Je laisse pour l'instant du moins, les formules de politesse et je passe à l'objet de cette lettre. (Commentant) Ah enfin! Ce n'est pas trop tôt. (Lisant) Je fus fort surprise en lisant dans votre missive et en entendant de la bouche de vos messagers la ressemblance qui fait de nous des sosies et je meurs d'impatience, comme vous, à l'idée de vous rencontrer. (Commentant) Ah que voilà de sages paroles! (Lisant) Je vous donne rendez-vous demain soir à huit heures au Bosquet des Amoureux à l'embouchure du ruisseau Paisible. (Commentant) Bien on voit que la princesse a eu l'esprit présent de choisir un territoire neutre situé à mi-chemin entre nos deux royaumes, je suis certaine qu'elle plaira à ce cher Octavio. (Lisant) Je sympathise avec vous de la mort de votre roi...(Commentant)
Et bla bla bla et bla bla bla! Signé la princesse Esméralda. (Rêveuse) O comme il me tarde que demain soit déjà-là!
Acte I, scène V
(Dans la cour du palais)
(Cassandre soupire rêveusement en fixant, d'un regard absent, un point dans le ciel, comme si elle flottait sur un nuage. Arrive Hyppolithe, visiblement préoccupé. Il l'observe un moment et soupire avec elle à la voir si heureuse. Puis, il la prend délicatement par les épaules sans qu'elle sorte de sa rêverie. Elle se laisse bercer par les bras d'Hyppolithe comme si elle était enveloppée de ouate)
Hyppolithe - O ma mie! Comme il est doux de vous regarder ainsi, rêveuse et joyeuse, on dirait que le paradis m'ouvre ses bras pour m'envelopper d'un amour tendre et béatifiant. (Ils soupirent tous les deux. Temps) Je soupirerais ainsi pendant des siècles si ce n'était de mes petits tracas.
Cassandre - Soupirez mon cher,soupirez! Et, l'espace d'un moment, imaginez que vous êtes un ange et que l'éternité frappe à la porte de votre vie, ainsi vous aurez soupiré pendant au moins un millénaire. (Ils soupirent. Temps)
Hyppolithe - Comme ce millénaire de soupiration m'apaise et arrive presque à me faire oublier mes soucis.
Cassandre - Oubliez mon brave, oubliez! Une nuit étoilée comme celle-ci suffit souvent à éclairer nos ennuis et au lendemain, quand elle frappe à nos volets, pour nous annoncer l'arrivée du jour, elle laisse sur le seuil de notre porte, la clef de nos problèmes.
Hyppolithe -(Soupirant presque) Oh! comme ces mots sonnent bien à vos lèvres qui s'ouvrent telle une source secrète dans le désert. (Ils s'embrassent puis soupirent.Temps) Pourtant, il me semble, que sans vos précieux conseils mes yeux n'atteindront point le stade du sommeil.
Cassandre - Alors, puisqu'il le faut! Parlez mon mari, parlez.
Hyppolithe - O ma douce et tendre Cassandre, vous qui avez toujours de si bonnes réponses, dites-moi ce que je dois faire. Mes conseillers sont divisés entre le souhait de venger la mort de mon père et celui d'obtenir enfin la paix dans le royaume.
Cassandre - Et vous? Qu'en pensez-vous?
Hyppolithe - Un bon roi doit se montrer digne de son père et prouver à son peuple qu'il est fort et qu'il ne craint pas l'ennemi.
Cassandre - Un bon roi doit surtout se montrer digne de son peuple, lui prouver qu'il est plus intelligent que son ennemi et ainsi, offrir ce qu'il y a de mieux à ceux qu'il est chargé de protéger comme sa propre famille.
Hyppolithe - Les armes sont le discours des plus grands monarques.
Cassandre - Les armes sont surtout le discours des sots qui manquent de vocables et des despotes assoiffés de pouvoir et de destruction.
Hyppolithe - La guerre amène la paix.
Cassandre - La guerre amène le viol, le pillage, la désolation et la misère, seule la paix est source de paix.
Hyppolithe - Si je battais le roi Hospodar notre ennemi, je deviendrais l'un des plus grands rois de l'histoire et personne n'oserait se moquer de moi.
Cassandre - Et si le roi Hospodar, notre ennemi, venait à vous battre, vous deviendriez le plus misérable roi de l'histoire et vous seriez ainsi la risée de tous comme étant le seul roi qui laissa la mort et l'esclavage en héritage à son peuple.
Hyppolithe - Octavio (Cassandre frissonne d'effroi en entendant ce nom) est le plus grand guerrier de tous les royaumes, avec lui la victoire est assurée.
Cassandre - Et s'il venait à mourir, plus personne ne nous craindrait. Aujourd'hui, sa réputation nous protège de l'ennemi, mais lui mort, la défaite est assurée.
Hyppolithe - Mais, si je refuse le combat que va-t-on penser de moi? Que je suis frêle et froussard?
Cassandre - Seul les plus braves se tiennent droit et sans armes devant leurs ennemis.
Hyppolithe - O ma très chère Cassandre, une fois de plus vous avez raison! Mais, que faire?
Cassandre - Tout conflit a une cause et toute cause, une solution.
Hyppolithe - Quand je pense à ces braves chiens qui se prennent les pattes dans les pièges à ours du roi Hospodar.
Cassandre - Le malheur de ces pauvres bêtes qui ne connaissent rien à nos lois, vaut-il que des milliers d'hommes meurent laissant derrière eux veuves et orphelins?
Hyppolithe - La loi dit qu'il est interdit de chasser le gibier sur un royaume voisin.
Cassandre - Demande-t-on au lièvre sur quelle terre il habite avant de le tuer? Peut-on déclencher une guerre sous prétexte que la proie ignore où commencent et où se terminent les territoires humains? Nombre de grands chasseurs racontent que souvent le gibier bâtit son terrier avec une entrée sur chaque territoire afin de pouvoir se sauver selon l'ennemi qui le traque.
Hyppolithe - Il est vrai que je n'aime guère la chasse, je trouve que c'est un sport sauvage et barbare. Quel plaisir éprouve-t-on à assassiner de pauvres bêtes sans défense?
Cassandre - Quelle différence y a-t-il entre la chasse et la guerre, sinon que le gibier est humain et qu'il est très bien armé?
Hyppolithe - Il est aussi vrai que je ne suis guère homme à aimer la guerre. Le seul fait de tenir une arme m'indispose plus que de paraître ridicule à la cour.
Cassandre - Pourtant, le ridicule vous mettait chaque fois si mal à l'aise que vous veniez vous réfugier en mes jupes quand nous n'étions que des enfants.
Hyppolithe - En vos bras, je redevenais le brave chevalier sans peur et sans reproche que je voulais paraître devant toute la cour.
Cassandre - Et vous voyez, avec le temps vous avez su vaincre cette mauvaise habitude que vous aviez de faire rire tous nos invités avec votre maladresse. Vous saurez bien aujourd'hui comment vaincre cette mauvaise habitude qu'est la guerre.
Hyppolithe -(En s'agenouillant) O ma tendre épouse, plus aimable que l'amabilité elle-même, plus solide que le diamant et si belle que les joyaux de la couronne pâlissent à paraître en votre présence, vous m'avez conquis. (Elle soupire) À vos pieds, je dépose les armes. (Il lui baise les pieds) et m'en vais sur le champ écrire à ce roi Hospodar que l'on dit notre ennemi, afin de lui proposer la paix.
Cassandre - Comment? Si tard?
Hyppolithe - À quoi bon remettre à demain ce qui aurait dû se faire hier?
Cassandre - Voilà une sage décision mon roi. (Il se relève, l'embrasse et sort précipitamment) À ce brave Hyppolithe, incapable de malice, il ne ferait pas de mal à un ours, quand bien même ce dernier le menacerait. Je peux tout de même apprécier ce que le ciel daigne bien m'accorder Hyppolithe pour suppléer à mon bel Octavio, si seulement il pouvait être heureux, mon mari arriverait peut-être à me le faire oublier totalement et tout serait comme avant.
Firmine - (Entrant essoufflée) Ha! vous voilà enfin ma reine! Je vous cherchais partout!
Cassandre - Y a-t-il urgence ma chère soubrette?
Firmine - Oh non ma reine!
Cassandre - Alors que me vaut tant d'empressement de ta part?
Firmine - C'est qu'il est tard ma reine et je m'inquiétais de votre absence.
Cassandre - Et que craignais-tu?
Firmine -(Hésitante) C'est que...
Cassandre - Allons parle sans crainte, je suis d'humeur!
Firmine -(Soulagée) Ah tant mieux ma reine! Tant mieux! Je craignais quelques tristesses de coeur de votre part.
Cassandre - Qu'est-ce qui te faisait craindre ces tristesses?
Firmine - He bien, toutes vos intrigues et...
Cassandre - Et?
Firmine - Je n'aime pas vous savoir seule. Je sais trop que votre recherche de solitude cache trop souvent quelques larmes que vous n'osez verser.
Cassandre - Ma chère soubrette, tu es trop bonne pour moi, mais rassure-toi, je me porte fort bien. Sans compter que je n'étais pas seule.
Firmine - Ah oui! Ce cher Octavio vous tenait la main.
Cassandre - Non! Mon cher mari!
Firmine - Etes-vous fiévreuse?
Cassandre - Non! Pourquoi cette question?
Firmine - C'est la première fois que j'aperçois en vos yeux l'étincelle d'amour que vous gardez pour Octavio quand vous parlez d'Hyppolithe... (S'imaginant quelques événements inattendus) Car il s'agit bien d'Hyppolithe? Vous n'avez pas eu le temps de vous remarier en ce jour avec le bel Octavio?
Cassandre - Bien sûr que non! Où vas-tu chercher toutes ces idées farfelues?
Firmine -(Troublée) Je n'en sais trop rien, peut-être dans ce qui me sert de tête. (Les jambes lui manquent)
Cassandre -(L'attrapant) Soubrette? Qui y a-t-il? (Voyant quelle perd connaissance) Assieds-toi! (Elle tente de la ranimer en lui donnant des petites tapes au visage, puis lui fait de l'air) Soubrette! Allons reprends tes esprits!
Firmine -(La larme à l'oeil) O ma reine...comme vous êtes jolie.
Cassandre - Chut! Ne parle pas. Ne te fais point de soucis pour moi.
Firmine - Mais? Ma reine? Comment ne point me soucier de vous? Vous êtes tout ce que j'ai de précieux, l'idée de vous voir si triste me brisait le coeur et mes jambes n'ont pas supporté de vous voir radieuse. (Elle pleure)
Cassandre -(Se retenant pour ne pas pleurer) Allons sèche tes pleurs, je suis heureuse. Nostalgique, mais heureuse. Comprends que j'aime autant Hyppolithe qu'Octavio et cela même si ce dernier est mon préféré. Nous sommes inséparables.
Firmine -(Séchant ses larmes) Me voilà rassurée, je ne vis que pour vous.
Cassandre - Allons tu sais très bien que je ne suis pas femme à me laisser abattre par de petits obstacles. Parlant d'obstacles, j'ai une excellente nouvelle à t'apprendre.
Firmine -(Reprenant de la vigueur) Ah oui! Qu'est-ce?
Cassandre - Mes intrigues se dénouent à merveille!
Firmine - Vous avez déjà trouvé une astuce pour jouer dans les buissons avec Octavio!
Cassandre - Ne dis pas de sottises! Si tout se passe bien, c'est toi qui pourras bientôt jouer avec ton amant derrière les buissons.
Firmine -(Plus vivante que jamais) Vraiment? Mais comment est-ce possible?
Cassandre - Je viens à peine de finir de convaincre ce cher Hyppolithe de mettre fin à la guerre avec le roi Hospodar.
Firmine -(Incrédule) Vrai?
Cassandre - Hé oui! Et comme Octavio sera à la tête de l'armée de mon mari, le roi Hospodar n'osera pas lever son armée contre nous.
Firmine - O ma reine comme vous me rendez heureuse. (Elle l'enlace passionnément et l'entraîne dans un tourbillon de danse)
Cassandre - Allons calme-toi! Tu ne voudrais pas me faire perdre l'enfant.
Firmine - O pardon ma reine! Mais je suis si heureuse que je serais capable de m'envoler.
Cassandre - Alors évite de rentrer par la tour car tu pourrais cesser de voler plus tôt que prévu.
Firmine -(N'entendant pas Cassandre) O ma tendre enfant, vous êtes une magicienne angélique. (Elle sort en chantant) Au temps des amours les oiseaux chantent et la forêt leur répond de ses échos.
Cassandre - C'est fou ce que les domestiques s'affligent de peu et se consolent d'un rien. Ils ne savent pas à quel point ils sont chanceux. La paix aura au moins fait une heureuse. Ah! (Elle Soupire gaiement) Ce cher Hyppolithe, après tout ce temps, il vient encore pleurer dans mes jupes et, comme toujours, j'arrive à lui faire faire ce qui me plaît. Heureusement, que je suis comme une soeur pour lui, je n'ose point imaginer tous les drames de ce royaume si j'eus été une marâtre. Il est vrai que cela arrange bien mes affaires. Comme le dirait si bien ma soubrette, mes intrigues vont à merveille. (Elle baille) Et comme elle le disait si bien tantôt, il est tard. (En baillant) Je ferais peut-être mieux d'aller me coucher.
(Elle soupire une dernière fois en laissant son regard se perdre vers le ciel) Merci dame la nuit pour vos précieux conseils. (Elle sort)
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