Aimable coeur

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Acte II, scène I
(Le lendemain, près des quartiers de Cassandre)

Cassandre -(Passant en criant, en tenue de chambre et tout énervée) Hyppolithe! Hyppolithe! Mon Dieu, où est-il passé?
Firmine -(En tenue de chambre) Ma reine, o ma reine! Qu'y a-t-il pour que vous ameutiez ainsi le palais?
Cassandre - C'est Hyppolithe, mon mari,...
Firmine -(La coupant, affolée) O mon Dieu! Vous l'avez empoisonné!
Cassandre - Non pire encore! Il n'a pas dormi dans son lit.
Firmine - Oh! quel affront! Tromper ma tendre Cassandre à peine après quelques mois de mariage. Ah! L'animal si je l'attrape, roi ou non je lui tord les boyaux et...
Cassandre - Tais-toi! L'heure n'est pas à la sottise! Nous nous sommes laissés en bons termes hier. Puisqu'il n'a pas couché dans son lit c'est qu'il lui est arrivé malheur. Oh mon Dieu!
Firmine -(Lisant l'effroi sur le visage de Cassandre) Quoi? Qu'y a-t- il?
Cassandre - Hier! Il est parti avec tant d'empressement! Il aura passé par la tour pour se rendre à nos quartiers et dans l'urgence de la situation il aura oublié sa maladresse naturelle et il aura passé par dessus les murs de la tour et il s'est tué. (Elles sortent en courant et appelant) Hyppolithe! Hyppolithe!(Cassandre). Mon roi! Mon roi! (Elles reviennent au bout d'un temps).
Firmine - Heureusement! Il n'était pas là! Quel malheur s'eût été pour le royaume de perdre deux rois en une semaine.
Cassandre - Nous en sommes toujours au même point. Où est-il?
Firmine - Effectivement! Où est-il? (Elles sortent en appelant. Quand elles sont sorties le rideau s'ouvre sur Hyppolithe qui s'est endormi sur la table où il a écrit la lettre au roi Hospodar. Il ronfle et s'éveille au bout d'un moment s'étire en baillant.)
Hyppolithe - Les conseils de Cassandre m'auront été profitables, même si mon sommeil ne fut pas d'un confort royal il fut aussi profond que celui de l'ours. Allons vite sauter dans notre lit conjugal avant qu'elle ne s'éveille et ne s'inquiète de mon absence. (Il sort et revient presqu'aussitôt) Par la barbe du roi! Le lit est défait mais ma reine n'y est plus. On n'aura eu vent de notre conversation d'hier soir et on aura enlevé cette pauvre enfant pendant son sommeil pour me forcer la main. À la garde! À la garde!

(Octavio arrive promptement)

Octavio - Qu'avez-vous mon cher cousin à demander la garde de si bonne heure?
Hyppolithe - La reine a disparu Elle n'est pas dans son lit.
Octavio - Ho! les brigands! Vous ont-ils assommé pendant votre sommeil ou bien ont-ils été assez discret pour la faire disparaître sans vous éveiller?
Hyppolithe - À vrai dire ils auront eu beau jeu puisque je n'ai pas dormi dans mon lit. Ah! quel malheur, si seulement j'avais été là. Octavio - Comment? Mon cousin? Vous? Découcher?
Hyppolithe - Non rassurez-vous, je me suis malencontreusement endormi sur ma table de travail.
Octavio - Bénissez le ciel au contraire! Il s'agit sans doute d'un complot contre votre personne destiné à vous tuer et vous devez la vie à votre endormissement inopportun.
Hyppolithe - Par la barbe de mon père, qui oserait lever la main sur moi?
Octavio - Je n'en sais rien. (Fort) Mais foi d'Octavio je déjouerai ce complot ou je ne suis plus chevalier.
Gustave- -(Entrant, endormi et enfilant sa robe de chambre) Que se passe-t-il pour que notre roi s'alarme de si bonne heure?
Octavio - Un complot se trame contre notre roi et la reine a été enlevée!
Gustave- - Ah! Ce n'est que ça! Je croyais qu'on attaquait mon chenil. Puisque c'est comme ça je retourne me coucher.
Octavio - À ce qu'on dit, on projetterait d'assassiner tous les chiens pour mettre fin à la guerre.
Gustave- -(S'éveillant d'un seul bond) Mes enfants! Ne craignez rien papa va vous sauver! Quels monstres! Osez s'en prendre à de braves toutous!
Octavio - Allons mon cousin! Dites-nous ce qui s'est passé.
Hyppolithe - Hé bien! Quand je me suis éveillé à ma table de travail, je me suis empressé d'aller à mon lit pour ne pas inquiéter cette chère Cassandre et, à mon arrivée le lit était défait et vide.
Octavio - Allons vite à la chambre pour trouver des indices. (Ils sortent d'un côté pendant que Cassandre et la soubrette entrent de l'autre)
Cassandre - Même Octavio a disparu. Cela devient de plus en plus inquiétant.
Firmine - Quel malheur! Perdre vos deux hommes en une seule matinée.
Cassandre - Même de si bonne heure tu ne sais dire que des âneries! Cela est au contraire plutôt rassurant. Ils auront sans doute décidé d'aller se promener à cheval. Ce cher Hyppolithe, toujours aussi délicat, il ne m'a même pas éveillée. Allons tout de même voir à l'écurie, histoire de se rassurer.

(Firmine lance un hennissement et elles sortent du même côté qu'elles sont entrées et aussitôt entrent les hommes qui reviennent de la chambre)

Octavio - Ceux qui ont enlevé Cassandre n'en était pas à leur premier rapt.
Gustave- - O mon Dieu! Ils vont sûrement s'en prendre à mes braves toutous.
Octavio - Pas pour l'instant! Laisse tes rongeurs d'os tranquille, il y a plus important?
Gustave- -(Fier) Plus important! (Epelant) Plus important! Que peut-il y avoir de plus important que mes braves enfants, tous de sang royal.
Hyppolithe - Octavio a raison! Il faut d'abord retrouver Cassandre.
Gustave- - On voit bien que ce n'est pas vous qui en prenez soin, sinon vous reconnaîtriez leur importance!
Octavio - Effectivement! Nous n'y comprenons rien et n'avons pas le temps de comprendre.
Hyppolithe - Revenons à nos moutons. (Gustave bêle de frustration) Mon cher cousin, avez-vous trouvé des indices.
Octavio - Bien sur! Les draps étaient encore chauds et rien n'a été dérangé.
Hyppolithe - Quelle conclusion peut-on en tirer?
Octavio - Que la reine dormait encore et que l'enlèvement s'est fait en douceur, par des professionnels ou pire encore...
Hyppolithe - Comment pire?
Octavio - Vous n'avez pas remarqué d'odeur suspecte?
Hyppolithe - Non!
Octavio - Moi non plus!
Hyppolithe - Et alors?
Octavio - Alors? Elle n'était pas dans son lit quand elle a été enlevée.
Hyppolithe - Que dites-vous?
Octavio - C'est simple. Si je vous enlève pendant votre sommeil, vous allez vous réveillr et vous débattre! Exact? Alors elle n'a pas été endormie par une drogue, l'absence d'odeur le prouve et pourtant il n'y a aucune trace de violence et la tasse de la reine a servi, on voit les traces de lèvres sur les rebords.
Hyppolithe - Non, elle n'a pas été...?
Octavio - Si! Empoisonnée! Par l'eau royale...
Gustave- - Oh mon Dieu! J'arrive, mes enfants! (Il sort en courant)
Hyppolithe - Mais qui...
Octavio - Allons voir la soubrette! (Ils sortent d'un côté et Cassandre entre avec la soubrette de l'autre)
Cassandre -(Déçue) Ils n'ont pas été à cheval. Réfléchissons! Hier Hyppolithe m'a quittée pour aller écrire une missive de paix. (Éclairée) Mais alors... (Elle se dirige vers la table) Mais bien sûr, il est venu écrire sa lettre et s'est endormi ici, en se réveillant il aura voulu me rejoindre pour ne pas m'inquiéter et ne m'ayant pas trouvée il aura réveillé son cousin pour venir à ma recherche. Reste ici au cas où ils reviendraient, je vais aller voir si Gustave est dans ses quartiers. (Elle sort)
Firmine - Que d'émotions! Cela me fera une autre intrigue palpitante à raconter à mes enfants. Du moins, si cette guerre peut réellement prendre fin un jour. Je me vois au bras d'Hypocrate me promenant dans le palais pendant les moments de répits, nous cachant dans les buissons en roucoulant, tripotant, batifolant et s'embrassant pendant les jours de congés et jouant sous les couvertures les soirs d'amours. Puis, mon ventre qui grossit, mes entrailles qui me font souffrir alors que ma bouche gémit, puis les cris d'un enfant qui font pleurer de joie. Oh! que c'est beau un accouchement. (Elle soupire)
Gustave- -(Firmine est surprise dans sa rêverie par Gustave qui arrive empressé. Il entre. Fier!) Le chenil royal se porte à merveille.
Firmine - (À elle-même, n'ayant pas compris ce qu'il a dit) Voilà un valet dressé au pas de course. (Observant) Quelles belles fesses, bien rondes et dodues, comme je les aime. (Haut) Bonjour mon brave, que d'agitation pour rien ce matin! Gustave- - Pour rien? Comment cela rien? (Solennel) La situation est grave.
Firmine - Grave?
Gustave- - (Aparté) Elle n'a pas l'air au courant. (Il lui fait signe d'approcher. Puis, chuchotant...) Etes-vous au courant du complot contre la royauté?
Firmine - (Nerveuse) Un complot...? ...contre la royauté?
Gustave- - (Chuchotant toujours) Il s'agit d'un empoisonnement...
Firmine - (Le coupant et criant) O mon Dieu! Non! (Elle sort en courant) Ma reine! Ma reine!
Gustave- - Elle n'était pas au courant! (Regardant avec intérêt dans la direction où elle est sortie) De belles grosses fesses bien dodues se ballottant au gré de la course...
Octavio - (Entrant en catastrophe suivi d'Hyppolithe) Quels sont ces cris?
Gustave- - (Racontant) En arrivant de voir à mon chenil, qui heureusement se porte bien...
Octavio - Saute les détails et aboutis...
Gustave- - ...J'entre, et annonce fièrement la nouvelle. Quand soudain! ... Une voix féminine me sort de ma rêverie triomphante.
Hyppolithe - (Soulagée) Cassandre!
Gustave- - Non Firmine!
Octavio et Hyppolithe - (Se questionnant) Firmine?
Gustave- - La soubrette parbleu!
Octavio - (Triomphant de l'énigme) J'en étais sur!
Hyppolithe - (Nerveux) Continue! Parbleu! Continue!
Gustave- - (Chuchotant) Alors je lui parlai du complot...
Octavio - Tu n'aurais pas dû!
Gustave- - (Offusqué) Si messire me permet d'en terminer avec mon histoire.
Hyppolithe - Termine! Termine! Nom de nom!
Gustave- - Alors qu'il promette de ne plus m'interrompe!
Octavio - Non mais quel toupet!
Hyppolithe - Il promet! Il promet!
Gustave- - Alors qu'il le fasse de vive voix!
Octavio - (Mettant la main à son fourreau) Ah! l'animal je vais l'étriper!
Hyppolithe - (Autoritaire) Allons cousin promettez! Un témoin embroché est un témoin muet.
Octavio - (Frustré) Bien! Je promets.
Hyppolithe - (Voyant que Gustave boude toujours) Il a promis! Alors qu'attends-tu pour continuer.
Gustave- - (Hautain) Des excuses sincères!
Octavio - (Sort son épée du fourreau, colérique) Continue si tu ne veux pas que je te tranche la gorge!
Hyppolithe - (Retenant difficilement le bras de son cousin) De grâce continue!
Octavio - Laissez-moi le transformer en porc tranché!
Gustave- - (Apeuré) Je continue! Je continue!
Hyppolithe - Calmez-vous cousin, il continue.
Gustave- - (Comme si rien ne s'était passé, leur fait signe d'approcher, puis chuchotant) Alors au moment où je prononçai le mot empoisonnement. (Il imite le cri de la soubrette et fait sursauter les deux autres) La malheureuse se sauve, terrorisée en criant à la mort. Ma reine! Ma reine!
Octavio - L'empoisonneuse prise la main au flacon.
Hyppolithe - Trahie par mes propres domestiques.
Gustave- - Disons plutôt la moitié.
Hyppolithe - Aux armes citoyens!
Firmine - (En coulisse) Par ici ma reine! Ma reine! Vite!
Octavio - Silence, on vient!
Firmine - (Entrant) Quel malheur!
Octavio - La traîtresse se livre à nous.
Firmine - (Bégayant) Traîtresse? Moi?!
Hyppolithe - (Sortant de derrière Octavio) Saisissez-la! (Il se tourne dos à la soubrette qui perd connaissance en apercevant Hyppolithe, Cassandre arrive et perd connaissance en même temps qu'Octavio. Voyant qu'Octavio s'effondre et en se retournant pour le soutenir...) Cousin qu'y a-t-il...(Il perd connaissance en voyant Cassandre évanouie)
Gustave- - (Triomphant) Le grand Octavio et le roi qui s'affaissent devant l'émotion telle des fillettes devant un premier amour. (Défiant Octavio) Alors messire, on est moins brave que devant l'ennemi. (Puis, se frottant les mains) Quelle histoire et que d'aventures à raconter en une seule matinée.




Acte II, scène II
(Plus tard. Tous se sont remis de leurs émotions.)

Firmine - Oh! que d'émotions! Que d'émotions! M'accusez, moi, d'un complot contre la reine, mon ange de bonté!
Octavio - Allons, nous nous sommes excusés et tout se termine bien.
Cassandre - Le roi mon mari se dresse devant moi regorgeant de santé.
Hyppolithe - Et s'agenouille pour baiser la délicate main de la reine, sa femme, qui ravit nos visages de sa splendeur souriante.
Gustave- - Et moi, j'ai plein d'histoires à raconter.
Octavio - Ah toi on sait bien, tu es une histoire vivante.
Cassandre - Allons mon ami, le temps n'est pas à la querelle
Octavio - Vous avez raison ma reine! J'incline mes excuses à vos pieds et je prie Gustave de bien vouloir me pardonner.
Hyppolithe - Voilà de sages paroles mon cousin.
Gustave- - Puisqu'on me présente des excuses, je m'en vais avant qu'on m'insulte à nouveau.
Firmine - Et moi je pars avant qu'on m'accuse d'un nouveau complot. (Ils sortent en se regardant du coin de l'oeil)
Cassandre - Pauvre soubrette, se voir ainsi accusée de complot contre moi.
Octavio - Je revois la face qu'elle a fait, blême comme un spectre.
Cassandre - Comme nous tous quand nous nous sommes vus!
Hyppolithe - (Se dérumant pour attirer l'attention) Puisque nous sommes enfin seuls, je vais profiter de l'occasion pour vous faire lecture de la lettre de paix pour le roi Hospodar: (Il prend la lettre sur la table et en fait la lecture. Solennel) Puisqu'un roi se doit de protéger son peuple et de faire ce qu'il y a de mieux pour lui, puisque les armes sont le discours des sots qui manquent de vocables pour exprimer la paix, puisque la guerre amène le viol, le pillage et la désolation et ce sans compter que le vaincu lègue à son peuple la mort et l'esclavage, à cause de tout cela, roi Hospodar, moi le roi Hyppolithe je me tiens devant vous avec comme seule arme cette missive de paix. Je vous prie donc de conclure avec moi une entente de paix entre nos deux royaumes. Par contre dans le cas où vous refuseriez de coopérer avec moi, je me verrais forcé de nommer mon cousin Octavio, dont la réputation n'est plus à faire, à la tête de mon armée et de l'envoyer conquérir votre château. La loyauté que je voue à mon peuple est telle que je souhaite le libérer d'une guerre qui a sa cause, donc sa solution. Ensemble nous saurons la trouver pour la prospérité de nos deux royaumes. (Cassandre et Octavio applaudissent)
Octavio - Alors-là mon cousin je reconnais bien votre plume. Les discours vous vont comme une épée à ma ceinture.
Cassandre - Vraiment mon mari, on voit tout de suite que les mots coulent de votre esprit jusqu'au papier qui reçoit votre plume. (Narquoise) Je me demande où vous prenez toutes vos idées mon cher!
Hyppolithe - Mais dans vos yeux ma mie, qui ne serait inspiré par des perles si précieuses?
Octavio - En cela mon cher cousin, je ne saurais vous contredire.
Cassandre - Nulle femme ne pourrait être plus comblée que moi, entourée des deux plus beaux parleurs du royaume, rien ne saurait me manquer. Les compliments se dédoublent et entrent chacun par une oreille et vont se déposer directement sur le coussin de mon coeur.
Octavio - Seule une dame aux charmes infinis peut s'attirer tant d'éloges.
Hyppolithe - Qui sont, disons-le, bien mérités.
Cassandre - Allons messieurs, laissons un moment les flatteries de côté pour en revenir à cette missive de paix, écrite avec tant d'adresse.
Octavio - Ha! pour sûr, cher cousin, vous maniez la plume avec la même adresse que ma main manie l'épée!
Hyppolithe - Vos éloges me vont droit au coeur, mais dites-moi, n'y a-t-il pas des passages qui soient mal tournés ou des éléments manqueraient-ils pour renforcer notre position?
Octavio - Tout y est mon cousin!
Hyppolithe -(Se tournant vers Cassandre) Tout?
Cassandre - Tout, mon mari! Tout!
Hyppolithe - Bien! Alors il ne reste qu'à signer.
Cassandre - (Réfléchissant) Quoique...?
Les deux- Quoique?
Cassandre - Quoiqu'en n'y réfléchissant bien, il manque un élément essentiel.
Octavio - Ah oui? Pourtant tout me paraît y être.
Hyppolithe - De quoi s'agit-il?
Cassandre - Pour négocier la paix, il faut une rencontre n'est-ce pas?
Octavio - Bien sûr!
Hyppolithe - Comment n'y avais-je pas pensé plutôt?
Cassandre - Sans doute est-ce votre source d'inspiration qui faisait défaut. Loin des yeux loin du coeur. J'ai pensé que vous pourriez profiter de l'occasion pour inviter le roi Hospodar, et bien sûr sa fille unique, à votre couronnement dans quatre jours.
Hyppolithe - O ma mie! Que ferais-je sans vous?
Octavio - (Comprenant que Cassandre a, en quelques sorte, dicté la lettre) Une fois de plus ma tendre amie, votre inspiration fait effet.
Hyppolithe - Il ne me reste plus qu'à trouver un messager pour porter le tout.
Octavio - Je suis votre homme.
Cassandre - Allons donc, mon ami, un chef d'armée se doit de commander et non d'effectuer les menus travaux.
Octavio - Soit! Une fois de plus vous avez raison.
Hyppolithe - Mais alors qui ira porter cette missive?
Cassandre - Laissez! Je m'en charge.
Octavio - Vous ma reine? Allons, une reine digne de ce nom ne saurait s'abaisser à ce point.
Hyppolithe - Octavio a raison, ce n'est pas à vous d'accomplir de telles tâches.
Cassandre - Mais qui vous parle de le faire moi-même? Je connais deux gentilshommes qui se feront un plaisir de le faire pour moi. Octavio - Ah j'aime mieux ça.
Hyppolithe - Moi aussi.
Cassandre - (Pour elle même) Ce qu'ils ne savent pas les pauvres, c'est que je vais profiter de ma rencontre de ce soir avec la princesse Esméralda pour la lui remettre en main propre.




Acte II, scène III
(Le lendemain. Au même endroit.)

Cassandre - (Entre chantant) Au temps des amours les oiseaux chantent et la forêt leur répond de son écho.
Firmine - (Entre la soubrette qui fait sursauter Cassandre) Vous voilà bien heureuse ma reine.
Cassandre - Ha! c'est toi! tu m'as fait peur!
Firmine - Vous m'en voyez désolée ma reine, mais il me semble que vos intrigues volent de leurs propres ailes.
Cassandre - Tu ne saurais dire mieux ma chère soubrette. (Elle l'embrasse) La princesse Esméralda ne diffère de ma personne en aucun point.
Firmine - Sainte!
Cassandre - (Dans cette réplique de Cassandre, les trois points signifient que la soubrette répète sa dernière réplique.) La même grâce..., le même parler...,les mêmes yeux..., le même regard..., et la même démarche... Rien ne nous différencie.
Firmine - Comme j'aurais aimé être là pour voir deux anges dans un même coin de paradis.
Cassandre - Tu te rends compte! Mon Octavio va enfin pouvoir respirer le bonheur de l'amour avec celle, qui, en tous points, me ressemble. Je n'aurai plus à m'inquiéter de son bien être et enfin le royaume filera la parfaite harmonie.
Hyppolithe - (Entrant en trombe) Cassandre! Cassandre!
Cassandre - Vous me semblez bien énervé mon roi, que vous arrive-t- il?
Hyppolithe - Un messager vient d'arriver avec la réponse du roi Hospodar.
Firmine - O sainte! Cela veut dire que la guerre est enfin finie.
Hyppolithe - Je ne sais! Je n'ai pas osé l'ouvrir en l'absence de ma reine.
Cassandre - Puisque je suis là ne nous faites pas languir davantage.
Hyppolithe - (Ouvrant la lettre) Voilà qui est fait. (Lisant) Cher roi Hyppolithe, j'ai été étonné de recevoir de votre part une missive de paix. Il y a très peu d'hommes qui après la mort de leur père cherchent à faire la paix au lieu de la guerre. (Commentant) Vous voyez ma reine, encore une fois je passe pour un froussard.
Cassandre - Au point où vous en êtes ce n'est pas une fois de plus qui vous fera fléchir. Ne vous laissez pas abattre pour si peu. Si le roi Hospodar n'est pas capable de reconnaître vos qualités, c'est qu'il n'est pas digne d'être un homme.
Firmine - Est-ce que ça veut dire que la guerre n'est pas finie?
Cassandre - Mais non ma chère! Mais non! Continuez mon mari, il nous tarde de savoir.
Hyppolithe - (Lisant) Affronter les critiques de votre peuple et des autres royaumes demande plus de courage que de poursuivre une guerre de vengeance contre l'ennemi. Pour cela, j'incline mes hommages à vos pieds et vous félicite de votre bravoure, votre royaume avait besoin d'un roi qui, comme vous, gouverne avec une poigne de fer pour le bien de ses sujets. (Commentant) Que de compliments ma reine, vous aviez raison.
Cassandre - Mais bien sûr mon roi! Et même si le roi Hospodar n'aurait pas reconnu vos mérites, moi votre épouse, n'aurais pas pu oublier tant de bontés de votre part.
Firmine - Alors la guerre est finie?
Cassandre - Pas encore! Il faut encore qu'on négocie la paix, mais ceci semble le premier pas vers la paix. Lisez mon mari, ne nous faites plus languir.
Hyppolithe - (Lisant) C'est pourquoi j'accepte de venir avec ma suite assister à votre couronnement où, je l'espère, nous pourrons tracer les premiers jalons de la paix entre nos deux royaumes. Et c'est signé: Sa majesté le roi Hospodar.
Firmine - Partant annoncé la bonne nouvelle dans le palais) La guerre est finie! La guerre est finie!
Hyppolithe - C'est fou comme les domestiques font des tempêtes à la vue d'un seul flocon de neige.
Cassandre - Quand ils ont de bons souverains pour veiller sur eux, ils n'ont pas besoin de penser, ni de se soucier du lendemain. Après tout, nous sommes la tête et eux les pieds, et si tous les rois étaient aussi bons que vous il n'y aurait jamais de guerre. Je suis fière de vous! (Elle l'embrasse)
Gustave- - (Entrant, offusqué) Comment mon roi? J'apprends que la guerre est finie avant même qu'on ait vengé l'offense faite aux chiens de sa Majesté le roi votre père. Vous m'en voyez outré, alors je vous prie de vous trouver un autre valet, je démissionne.
Octavio - (Entrant, ravi) J'apprends mon cousin que la guerre est finie, je suis content pour vous. (Il lui fait une accolade)
Gustave- - Ah vous! On sait bien! Avec le respect que vous avez pour nos braves bêtes, on les retrouverait dans l'assiette des serviteurs.
Octavio - Diantre quelle bête l'a mordu pour lui donner ainsi la rage?
Hyppolithe - Il prétend que la paix est un affront fait au chenil royal qui n'a pas été vengé de ses blessures!
Octavio - Ah! Je vois!
Cassandre - Allons mon cher Gustave, calme-toi. Tu sais bien qu'au contraire ils sont doublement vengés.
Gustave- - Vraiment? Et comment cela est-il possible? Je sais ce que vous pensez. Vous vous dites, ce n'est qu'un serviteur, il suffit de quelques belles paroles pour le flatter dans le bon sens du poil et le ramener à la raison, il est tellement sot. N'essayez pas cela avec moi ma reine, on ne me la fait pas.
Cassandre - Tu m'offenses mon cher Gustave, oser penser que moi ta reine je te manquerais à ce point de respect!
Octavio - La reine a raison, fais-lui immédiatement des excuses où je t'embroche comme un saucisson de porc frais.
Cassandre - Allons mon cher ami, ne vous mêlez pas de cela, je suis assez grande pour me défendre toute seule face à quiconque ne m'attaque que de mots!
Gustave- - C'est cela, mon brave! Laissez une reine se défendre toute seule devant un sot.
Octavio - Suffit! Bougre d'âne! (Sortant son épée) Défends-toi!
Cassandre - O mon Dieu! Non! Hyppolithe, mon mari, amenez notre cousin à l'écart le temps que je règle ce petit différent.
Hyppolithe - Bien ma mie. Allons mon cousin, venez! (Amenant Octavio à l'écart et Gustave imite l'âne)
Cassandre - Gustave, je comprends que tu sois fâché, mais regarde le bon côté des choses. Hyppolithe, notre roi, n'aime guère la chasse alors les chiens royaux ne pourront plus se prendre les pattes dans les pièges du roi Hospodar.
Gustave- - Je comprends ma reine votre point de vue, mais cela ne les vengera pas.
Cassandre - En plus, comme il n'y aura plus de chasse, tes chers enfants n'auront plus à travailler et ainsi tu pourras passer plus de temps avec eux pour les cajoler.
Gustave- - (Joyeux) C'est vrai! Je n'avais pas vu cela. (Sortant) Attendez-moi mes braves toutous, votre papa en or arrive pour vous dorloter.
Cassandre - Quelques belles paroles et tout est oublié. Le voilà à nouveau joyeux comme un amoureux comblé. Oh s'il pouvait en être autant pour mon cher Octavio.




Acte II, scène IV

Firmine - (Elle se parle à elle-même à voix haute) Ha! Le filou, l'hypocrite, le charlatan, oser me faire ça à moi, une femme de situation. Si jamais je lui mets la patte dessus je vous jure qu'il va passer un mauvais quart d'heure. (Cassandre entre rêveuse sans voir la soubrette, puis se cache en l'entendant pour surprendre sa conversation.) Je vais le saisir par la queue, l'assommer avec un gourdin et lui ouvrir les entrailles avec ma dague, puis je vais l'embrocher et le faire cuire à feu lent.
Cassandre - Quel cochon t'a mordu pour que tu sois dans un tel état?

(Firmine sursaute aux premiers mots)

Firmine - Ha! C'est vous ma reine! Vous m'avez fait peur.
Cassandre - Allons ma chère soubrette, ne te mets pas dans un tel état et laisse aux hommes le soin de tuer le cochon.
Firmine - (Offusquée) Ma reine, ne me parlez pas d'hommes!
Cassandre - Ne me dis pas que tu n'as pas encore pardonné à Octavio de t'avoir accusée de trahison.
Firmine - N'ayez crainte ma reine, votre chère Octavio est le dernier de mes soucis.
Cassandre - Alors où est le problème? La guerre est finie et ton amant revient enfin...
Firmine - Ne me parlez plus de guerre, ni d'hypocrite d'amant.
Cassandre - Ne me dis pas qu'il...?
Firmine - Si!
Cassandre - (Navrée) Ma pauvre soubrette, comment cela est-il arrivé?
Firmine - (Accablée) O ma reine, ne me demandez pas de détails, c'est trop horrible.
Cassandre - Ma chère soubrette, je suis désolée. Je n'ai pas su arrêter cette guerre assez tôt pour te ramener ton amoureux.
Firmine - Sur ce point, ma reine, n'ayez crainte! Pour me l'avoir ramené vous me l'avez ramené en trois morceaux plutôt qu'un.
Cassandre - (Horrifiée) Oh! le pauvre!
Firmine - (Fâchée) Comment le pauvre? Vous prenez sa défense?
Cassandre - Allons soubrette ne me dis pas que tu vas laisser tomber un brave soldat à qui il manque des membres à cause de la guerre.
Firmine - Rassurez-vous ma reine je ne suis pas une sans coeur et il a tous ses membres. (Cassandre pousse un soupir de soulagement) Mais si je lui mets la main au collet je peux vous dire que vous ne serez pas capable d'en compter les morceaux.
Cassandre - Mais, alors s'il est de retour et qu'il n'est pas blessé, où est le problème?
Firmine - Où est le problème? Vous osez me demander où est le problème! Hé bien je vais vous le dire où il est le problème. Hypocrate, c'est son nom et il le porte bien, est parti pour la guerre en me promettant fidélité et il en revient avec une bergère et demie.
Cassandre - Et demie?
Firmine - L'animal l'a fait grosse et projette de l'épouser à l'été.
Cassandre - (Riant) Et tu t'en fais pour si peu?
Firmine - Comment? Si peu? Et ça vous fait rire en plus.
Cassandre - Mais oui! Si peu! Je croyais le malheur bien plus grand.
Firmine - Mais ma reine? Il m'a trahie honteusement.
Cassandre - Oui et après?
Firmine - (Bouillant de colère) Et après? Et après? Qu'y a-t-il de plus grave que d'être berné par le premier venu.
Cassandre - Allons, calme-toi et écoute-moi. Imagine un beau gros morceau de gâteau forêt noire, juste pour toi. (Firmine en a l'eau à la bouche) Au moment où tu viens pour le manger, il te dit qu'il doit partir. (Firmine est déçue) Mais que si tu lui promets de ne pas manger d'autres pâtisseries en son absence toi seule pourra le manger. Une longue année passe, où tu te contentes de regarder les autres gâteaux sans n'en manger aucun, car tu penses à ton beau forêt noir. Il revient enfin et te dit que finalement une belle et jolie bergère lui a fait les beaux yeux et qu'elle seule pourra le manger. Alors toi, folle de rage, tu n'as qu'une seule envie, l'écraser pour que ni elle ni toi ne puissiez y goûter. Mais si tu fais cela, elle se plaindra aux autorités et tu seras envoyée au cachot au pain sec et à l'eau. N'est-ce pas? (Firmine approuve d'un signe de la tête) Tout cela pour un simple petit morceau de gâteau forêt noire, alors qu'en rompant sa promesse de fidélité il t'accorde le droit de manger toutes les pâtisseries dont tu t'es privée pendant une longue année. Tu es libre, vois comme tu es chanceuse. Tu comprends?
Firmine - Oui (Temps). Mais je ne comprends pas ce que les pâtisseries ont à faire avec moi, je mange toujours ce qui me plaît.
Cassandre - Attends que je t'explique! Hypocrate en rompant son voeu envers toi t'ouvre la porte pour que tu puisses aller chasser d'autres hommes.
Firmine - (Folle de joie) Mais c'est vrai! Il y a tellement de beaux célibataires dans le château. Merci ma reine! (Elle l'embrasse) Attention messieurs me voici. (Elle fait mine de s'en aller, s'arrête brusquement, puis, réfléchissant.) Quoique, je crois que je vais faire un détour par la cuisine, toute cette histoire m'a creusé quelque peu l'appétit. (Elle sort)
Cassandre - Cette chère soubrette, il lui suffit de combler ses appétits, sexuel et alimentaire, pour la rendre heureuse. Mais Dieu sait que dans les deux cas elle mange pour deux. (Songeuse) Au fait? Qu'étais-je venue faire ici? Ah oui! J'étais venue demander à ma soubrette de prendre soin de vanter les mérites de ce cher Octavio à la princesse Esméralda. Mais...Soubrette! Soubrette! (Elle lui court après)




Acte II, Scène V
(Entrent la soubrette et Esméralda)

Firmine - Et c'est ainsi que la princesse Cassandre vécut entourée de la crème des courtisans. Ah! que de merveille!
Esméralda - Je remarque que la reine Cassandre a beaucoup de goût. Le château est fort bien décoré.
Firmine - Et c'est sans compter qu'elle est entourée de la crème des courtisans avec son mari Hyppolithe et son cher cousin Octavio, qui vous l'ai-je dit est sans attache affective.
Esméralda - Oui! Trois fois déjà!
Firmine - Il est fort séduisant, musclé comme deux et gentilhomme comme trois. Ah! Le voilà justement en compagnie du roi. Vous allez pouvoir le rencontrer.
Esméralda - Quelle prestance majestueuse! C'est vrai qu'il est beau. Et tu me dis qu'il est sans attache?
Firmine - Plus libre que l'air et les oiseaux.

(Entrent Hyppolithe et Octavio)

Hyppolithe - Il me tarde qu'arrive enfin le roi Hospodar...
Octavio - (L'interrompant) Voyez votre femme, ma cousine, n'a-t-elle pas un petit quelque chose de changé?
Esméralda - Vivement que la paix m'unisse à un tel homme.
Firmine - Comme je vous le disais! (Aparté) Les intrigues de ma reine semblent se dénouer à merveille.
Hyppolithe - La paix annoncée avive déjà les doux rayons de son visage.
Octavio - Certes, elle est radieuse, mais on dirait qu'elle a maigri?
Hyppolithe - Vous avez l'oeil cher cousin, elle porte une nouvelle robe et sans doute cela la fait paraître amincie.
Octavio - Ce doit être cela.
Esméralda - Le rouge lui sied à ravir.
Firmine - Le rouge?
Esméralda - Évidemment le rouge! (Voyant l'air embêté de la soubrette) Ne me dites pas que c'est le roi.
Firmine - Hé oui! Si celui qui vous plaît est vêtu de rouge, vous parlez du roi.
Esméralda - Évidemment, Cassandre aura choisi le plus beau des deux.
Firmine - Évidemment! (Elle fait les gros yeux en signe de dépit)
Octavio - Soyons fidèle à notre titre de gentilhomme et allons saluer la reine.
Hyppolithe - Soit! Allons-y! (Il s'avance vers Esméralda, s'agenouille et lui baise la main.) Ma reine, vous êtes en beauté ce soir. Vous plairez à nos invités.
Octavio - (Imitant Hyppolithe) Majesté, je vous offre mes recpects et tous mes voeux de bonheur.
Esméralda - Messires, je ne suis encore que princesse et si ce soir, je suis en beauté c'est pour vous plaire.
Hyppolithe - Allons mon épouse, puisque vous serez couronnée à mes côtés dans quelques heures, nous avons bien le loisir de vous appeler par votre titre de reine.
Octavio - Pour une fois, tendre amie, je prends parti pour votre mari et lui accorde raison.
Esméralda - Mais messires, vous confondez, je ne suis pas Cassandre, mais la princesse Esméralda.
Hyppolithe - Allons ma mie, je vous reconnaîtrais entre mille.
Firmine - Mais, mais, mais...Ce n'est pas Cassandre.
Octavio - Allons soubrette tu mens très mal.
Firmine - Mais, mais, mais,...
Octavio - Vas-tu cesser de bêler à la fin, ça devient agaçant.
Hyppolithe - Allons mesdames, cela est fort drôle, cependant l'heure n'est pas à la plaisanterie.
Esméralda - Je vous assure messires que, de ma vie, je ne vous ai jamais vu et que je suis la princesse Esméralda.
Hyppolithe - Ma chère Cassandre je vous sais taquine, mais je vous assure que nous n'avons pas envie de rire un soir d'une si grande importance pour moi votre époux.
Esméralda - Mais puisque je vous assure que je ne suis pas Cassandre.
Gustave- - (Entrant, surpris de voir celle qu'il croit être Cassandre) Ah! ma reine! Je vois que vous avez trouvé votre mari vous-même, mais comment avez-vous fait pour arriver si rapidement ici?
Octavio - Ah Gustave! Je te prends à témoin!
Gustave- - (Surpris) Qui? Moi?
Octavio - Oui! Cette dame affirme qu'elle n'est pas Cassandre. Dis- moi mon brave tu reconnais bien qu'elle est ta reine.
Gustave- - Messire, la dessus je ne saurais vous contredire. Mais là où je me questionne c'est à savoir comment elle a pu me devancer et changer si rapidement de robe, elle aura sans doute prit un passage secret.
Hyppolithe - Mais mon cher Gustave, tu sais aussi bien que nous qu'il n'y a pas de passage secret qui permette l'accès à cette partie du château.
Gustave- - Alors c'est de la magie.
Octavio - Vas-tu nous expliquer ce que tu racontes, nous n'y comprenons rien.
Gustave- - Hé bien! J'arrive à l'instant de la salle du trône et la reine m'a demandé de porter un message à son mari, notre roi à l'effet que le roi Hospodar l'y attend...
Hyppolithe - Tu aurais pu me prévenir plus tôt, tu fais attendre notre hôte.
Gustave- - Mais je ne comprends pas comment elle a fait pour arriver avant moi.
Octavio - Laisse les détails de côté, l'heure n'est pas au conte de fée. Allons plutôt accueillir notre hôte comme il se doit.
Hyppolithe - Venez ma reine, allons rendre nos hommages au roi Hospodar.
Firmine - (Protestant) Mais, mais, mais,...
Esméralda - (La rassurant) Laissez tomber les explications, ils sauront bien assez tôt la vérité. Et puisque cette comédie me permet de me promener au bras du bel Hyppolithe, je vais en profiter.

(Tous sortent, à l'exception de Gustave et de la soubrette)

Gustave- - Les voilà déjà parties et il ne reste personne pour écouter mon histoire.
Firmine - (Aguichante) Je suis là mon beau Gustave.
Gustave- - Ce matin-là, le château s'éveilla aux abois: Un drame venait de se passer. En effet, la reine avait disparu.
Firmine - Oh! Comme il raconte bien!
Gustave- - Alors on craint le pire, on imagine un empoisonnement, alors tous se mettent désespérément à la recherche de notre reine bien aimée.
Firmine - Mon cher Gustave, comme vous racontez bien, vous êtes un orateur né.
Gustave- - (Jouant les nobles) N'est-ce pas madame! Mais... puisque nous voilà seul, passons aux choses sérieuses.
Firmine - ( Ne comprenant pas) Aux choses sérieuses?
Gustave- - Attention ma belle me voilà!(Tentant de l'attraper) À l'assaut. (Firmine se sauve en riant pendant que Gustave la poursuit. Au bout d'un moment, ils sortent en coulisse et Cassandre entre.)
Cassandre - Soubrette! Soubrette! Où es-tu? Soubrette? Soubrette? Pourtant Octavio m'a affirmé qu'elle se trouvait ici. Soubrette? Soubrette?
Firmine - (Entrant en vitesse et essoufflée, la robe froissée) Vous m'avez demandé ma reine.
Cassandre - (La grondant) Soubrette, le jour est mal choisi pour faire des batifolages dans les buissons. Qu'est-ce que nos invités diraient s'ils surprenaient nos domestiques entrain de s'adonner à de tels actes dans notre palais? Je n'ose imaginer le scandale. Alors tu vas me faire le plaisir de te conduire honorablement en présence de nos invités.
Firmine - Oui ma reine! Bien ma reine!
Cassandre - Et que je ne t'y reprenne plus!
Firmine - Je ne recommencerai pas ma reine.
Cassandre - (Entendant Gustave se défiler) Et cela vaut aussi pour toi Gustave.
Gustave- - (En coulisse) Oui ma reine! Bien ma reine! (Il se frappe bruyamment sur un meuble)
Cassandre - Et ne défais pas le mobilier sur ton passage.
Gustave- - Oui ma reine! Bien ma reine.
Cassandre - (Riant) Ce cher Gustave, toujours aussi amusant.
Firmine - (Enthousiaste) Ho! oui! ma reine!
Cassandre - Tu vois que j'avais raison à propos des pâtisseries.
Firmine - C'est encore mieux qu'avec ce charlatan d'Hypocrate.
Cassandre - Évidemment, ta reine donne toujours de bons conseils. (Empressée) Alors comment ça s'est passé, je veux tout savoir.
Firmine - Tout, ma reine?
Cassandre - Tout!
Firmine - (Mal à l'aise) Hé bien! C'est Gustave qui s'est mis à me poursuivre.
Cassandre - Mais qu'est-ce Gustave vient faire là-dedans? Je ne te demande pas de détails sur tes folichonneries. Je veux seulement savoir comment s'est présentée l'entrevue entre la princesse Esméralda et ce cher Octavio.
Firmine - (Soulagée) Ah bon j'aime mieux ça.
Cassandre - Alors?
Firmine - (Hésitante) Hé bien cela s'est bien passé! Du moins j'imagine!
Cassandre - Comment tu imagines? Tu n'es pas certaine?
Firmine - C'est que...
Cassandre - C'est que quoi? Il l'a bien prise pour moi, ils ont été
surpris de me voir. Elle ne l'a pas trouvé séduisant?
Firmine - C'est que je ne sais pas.
Cassandre - Comment tu ne sais pas? Tu lui as bien vanté les charmes et les mérites d'Octavio?
Firmine - Comme vous me l'avez demandé.
Cassandre - Alors qu'a-t-elle dit quand elle l'a vu.
Firmine - Elle a dit, vivement que la paix m'unisse à un tel homme.
Cassandre - (Triomphante) Mais alors, si elle l'a trouvé charmant, où est le problème?
Firmine - C'est qu'elle a confondu Hyppolithe avec Octavio.
Cassandre - (Surprise) Confondu?
Firmine - Oui! Elle pensait qu'Hyppolithe était Octavio. Elle a dit que le rouge lui allait fort bien.
Cassandre - Alors elle croyait qu'Hyppolithe était Octavio?
Firmine - Elle a même ajouté que vous aviez é-vi-dem-ment, choisi le meilleur des deux.
Cassandre - C'est ce qu'elle a dit?
Firmine - C'est ce qu'elle a dit.
Cassandre - Merci soubrette. Tu peux disposer.
Firmine - Vous n'êtes pas attristée par tout cela?
Cassandre - Pourquoi le serais-je?
Firmine - Mais vos intrigues auront été vaines?
Cassandre - Au contraire! Au contraire! Rien n'est perdu.
Firmine - Bien! Si cela vous arrange, je me tais. (Elle sort)
Cassandre - (À elle-même) Non seulement cela m'arrange, mais ça m'a donné une petite idée. Elle veut un mariage, elle va l'avoir et puisse qu'elle veut s'unir à Hyppolithe j'en profiterai pour me compromettre avec Octavio, puisqu'ils ne nous distinguent pas. Cassandre, ma chérie, vos intrigues arriveront bientôt à bon port. Profitons de l'occasion pour sceller la paix. Rien de tel qu'un mariage pour unir deux royaumes. (Elle sort)





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